Nous ne connaissons pas d’écrits relatant la création
de cette Maintenance pour laquelle nous fêtons ces jours
ci le 75ème anniversaire d’existence.
Cet événement mérite que nous nous y arrêtions
quelques instants pour rappeler dans quel contexte cette naissance
eut lieu.
Le premier titre connu de cette association était :
Fédération des Confréries de Pénitents
du Midi
Maintenance et Frairie générale des Pénitents
de Langue d’Oc
Elle fut créée en 1926 au cours des splendides
fêtes du VIIème centenaire de la fondation par Louis
VIII, Roi de France, et père de Saint Louis, de la Dévote
et Royale Compagnie des Pénitents Gris d’Avignon.
C’est sur la proposition de Joseph AMIC, alors Premier
Maître des Pénitents Gris d’Avignon, qu’une
commission composée de Prieurs ou Premiers Maîtres
d’autres Confréries voisines, venus spécialement
pour ces fêtes, a enfin créé cette Fédération
sous la bienveillante attention de Monseigneur de Llobet, Archevêque
d’Avignon.
La présidence de cette Fédération fut immédiatement
confiée à Pierre ROUSSEL, Prieur de la Confrérie
des Pénitents Blancs de Montpellier en reconnaissance
pour Frédéric MISTRAL.
Dès 1927, la Fédération publia un bulletin
de liaison annuel, ciment entre les Confréries, et très
marqué par le fédéralisme mistralien. L’intitulé de
ce bulletin, reprenant le titre du livre de Marc de Vissac, s’appelait « L’ARC
EN CIEL DES CONFRERIES ». Au lendemain de la deuxième
guerre mondiale, ce bulletin prit le nom de « LABARUM »,
titre qui est encore utilisé de nos jours et dans lequel
sont relatés les grands évènements rencontrés
par chaque Confrérie au cours de l’année écoulée.
La volonté de la naissance de cette fondation existait
antérieurement à 1926.
En effet, des manifestations religieuses de pénitents
se déroulaient avant la guerre de 1914, dans un cadre
régional et très régulièrement.
Une des plus célèbre fut le Congrès de
Pomérols (Hérault) en 1911 ; assemblée qui
s’était tenue à l’occasion de la rentrée
triomphale du Cardinal de Cabrières à son retour
de Rome. Le Pape Pie X venait de lui remettre ce chapeau de cardinal,
tant attendu par les fidèles pour les qualités
de leur prélat. En effet le Pape Léon XIII avait
souhaité, plusieurs années auparavant, l’élever à cette
distinction, mais les idées politiques de Monseigneur
de Cabrières et la situation en France risquait d’envenimer
inutilement les relations avec le Saint Siège par ce choix.
Aussi , notre Cardinal avait il l’habitude de répondre
avec humour à chaque interrogation sur ce sujet : « Je
suis trop blanc pour devenir rouge ».
En 1913 le Pèlerinage constantinien des Pénitents
du Midi à Saint Trophime d’Arles rassembla Monseigneur
Bonnefoy, Archevêque d’AIX, le Cardinal de Cabrières,
membre de la Confrérie des Pénitents Blancs de
Montpellier, et Frédéric Mistral, lui même
Prieur Honoraire de cette même Confrérie.
Au cours d’une vibrante péroraison, le cardinal
pénitent proposa aux pèlerins, comme devise, le
mot de Constantin à ses troupes : « Le Seigneur
Dieu est Jésus-Christ ».
Notre Maintenance actuelle se trouve ainsi héritière
du fédéralisme mistralien et de la sagesse du Cardinal
de Cabrières.
Cette sagesse se retrouve tout au long de l’histoire de
la Maintenance par les recommandations qui ont été édictées
dès l’origine de sa création, par les prieurs
et premiers maîtres de l’époque, et résumées
dans les extraits suivants :
L’étude des pieuses origines des Confréries
montre qu’elles se rattachent toutes au moins par leur
esprit aux tiers Ordres laïques des grands Saints du XIIIème
siècle, comme Saint François d’Assise ou
Saint Bonaventure.
Elles ont été de tout temps des fraternités
religieuses, des mutualités catholiques, poursuivant l’admirable
idéal d’offrir à leurs membres un secours
spirituel et temporel.
Les Confréries doivent se considérer dans le présent
comme les héritières de ce double patrimoine de
piété et de fraternité chrétienne.
Elles doivent maintenir et faire fructifier ce fonds commun de
vertus chrétiennes et d’actes de solidarité charitable
qui leur a été légué par leurs pères
pour les transmettre à leurs descendants.
Ces Confréries sont ainsi de véritables « Fondations
Pieuses ».
Ce sont en effet des « Fondations Pieuses » que
les chapelles qu’elles possèdent et dont elles assument
la charge de conserver, d’administrer et d’embellir.
« Fondations Pieuses » pour le culte qu’elles
y célèbrent, les dévotions particulières
qui s’y rattachent, les réunions pieuses qui s’y
tiennent, les fêtes et processions rituelles organisées
pour de mémorables anniversaires, les manifestations religieuses
traditionnelles parfois si touchantes et si particulièrement édifiantes
qui se sont fidèlement perpétuées à travers
les siècles.
« Fondations Pieuses » encore pour les avantages
spirituels et les Indulgences nombreuses dont toutes les Confréries
sont dotées par les Évêques ou les Souverains pontifes.
« Fondations Pieuses » enfin pour les obligations
funéraires que certaines Confréries assument encore,
et les devoirs qui animent statutairement chaque confrère.
Cette sagesse, toute inspirée, anime toujours les assemblées
des Confréries réunies annuellement au cours de
ces Maintenances.
Il est important de relire le texte fondateur que le Cardinal
de Cabrières proclama en 1907 à l’occasion
du Congrès des Œuvres catholiques du Diocèse
de Montpellier :
« Nous pensons qu’on ferait sagement en maintenant
les coutumes et les usages des Associations de Pénitents,
si on leur rappelait leurs pieuses origines, et si on leurs offrait
un but de charité ou de zèle, plus en rapport avec
les temps où nous vivons. Pourquoi ces Associations ne
se rajeunissaient-elles pas en se donnant et en donnant à ceux
qui les composent un but plus voisin des conditions de la vie
contemporaine ?
Une vieille romance, entendue dans notre jeunesse,
faisait chanter cette phrase un peu naïve : « Ne pouvant rien créer,
il ne faut rien détruire ».
Prenons cet axiome pour une vérité et disons bien
haut que, dans les choses de Dieu, s’il y a des évolutions
extérieures qu’il faut tolérer ou même
accepter, il y a aussi un fond qu’il faut savoir toujours
respecter, utiliser et appliquer.
Les hommes ne changent qu’en apparence ; ils sont au-dedans
ce qu’ont été leurs plus lointains devanciers,
ce que seront leurs arrière-neveux.
Dès lors, profitons de tout ce que les âges écoulés
nous ont transmis et faisons en bénéficier notre
temps ».
Depuis 1926, l’ensemble des Confréries de Pénitents
se rassemble, autour du Labarum, étendard constantinien,
surmonté du monogramme christique, et brodé dans
la cappa magna du Cardinal de Cabrières.
Une telle présence du cardinal dans l’histoire
de la fondation de la Maintenance nous permet de rappeler les
devises qui accompagnaient ses armes, devises qui pourraient
s’inscrire en tête du Labarum, la revue actuelle
de la Maintenance : « Non humore terrae vignebit » :
ce n’est pas l’humidité du sol qui lui donnera
sa vigueur et « Nihil nisi divinum timere » : ne
rien craindre sinon ce qui est de Dieu.
A la suite de ces quelques lignes qui ont retracé les
débuts de cette Fédération et du texte fondateur
tenu par le cardinal que nous venons de lire, il restera aux
historiens le soin d’écrire l’histoire de
cette Maintenance des Confréries de Pénitents,
histoire qui n’a pas été écrite encore à ce
jour.
Pierre CANCE
1er Maître des Pénitents Gris d’Avignon