
Message de François DUNAN
Grand Maître de la Maintenance
De tout temps, nos Confréries de pénitents ont
su entretenir une étroite communion avec l’art
sacré, support de leur dévotion ou témoignage de
leurs actions de charité.
En effet, ici comme ailleurs, nous avons parfois
besoin de l’art pour transmettre le message
confié par le Christ (les précieux retables qui
ornent nos autels en témoignent), tout autant
que l’art a besoin de l’Eglise du fait de la
richesse d’inspiration inépuisable que lui
offrent les Ecritures. Ce qu’a écrit Marc
Chagall
demeure profondément vrai, à savoir que pendant
des siècles les peintres ont trempé leur pinceau
dans l’alphabet coloré qu’est la Bible.
En premier lieu, nous vouons un attachement
particulier, pour ne pas dire viscéral, à la
chapelle de notre Confrérie, chapelle qui
rappelons-le est le signe visible de l’autonomie
dont nos Confréries bénéficient vis-à-vis de
l’église paroissiale. Outre certaines attaches
familiales et historiques, outre des liens
d’amitié, outre l’attrait pour une certaine
liturgie, d’une vie communautaire et d’une
spiritualité plus ou moins fournie, outre la
spécificité des missions caritatives de chacune,
la « séduction » qu’exerce sur chacun de nous
« notre » chapelle et ce dont elle est l’écrin
joue un rôle primordial dans notre engagement.
Toutefois, gardons à l’esprit qu’à ce simple
édifice de pierres répond un autre édifice,
d’une dimension toute spirituelle, bâti autour
d’une pierre angulaire qu’est le Christ, au sein
duquel chaque pénitent est appelé
quotidiennement à entrer comme pierre vivante.
C’est l’union de toutes ces pierres vives,
taillées dans le souci d’une profonde charité,
unies par le ciment d’une réelle confraternité,
qui forme cet édifice si attachant à
l’édification duquel chaque pénitent travaille
inlassablement.
Propriétaires également de trésors inestimables
(retables, mobiliers et vêtements liturgiques),
nos confréries s’emploient à les faire
découvrir, développant ainsi une nouvelle et
nécessaire vocation culturelle.
L’usage régulier, lors de nos célébrations
liturgiques et processions, de ce patrimoine
hors du commun que constituent notamment nos
croix et bâtons de procession, nos vénérables
masses - chef-d’œuvre d’orfèvrerie - ou nos
bannières comme la mise en valeur des retables
peints ou sculptés commandés par nos aïeux aux
plus grands artistes de leur époque, participe à
cette nécessaire continuité soulignée par
l’académicien Jean
Clair :
les objets présents dans nos musées,
dont prés de 70% ressortissent à la religion,
n’existent pas en dehors du contexte religieux,
scientifique, historique qui les a vu naître et
qu’il faut restituer. Sans cette concaténation,
l’œuvre n’est plus qu’une dépouille vide et
inanimée, pur objet de divertissement.
Les remiser dans nos sacristies serait oublier,
comme nous le rappelle régulièrement notre Saint
Père
Benoit XVI déclamant son amour pour l’art
que celui-ci « est un trésor de catéchisme
inépuisable, incroyable. Pour nous c’est aussi
un devoir de le connaître et de bien le
comprendre ». Or, la désacralisation
ambiante de ces dernières décennies nous a
transformé en êtres souvent incapables de
s’émerveiller et de se réjouir : émerveillement
et joie qui dépendent de la présence du sacré.
Aussi, dépositaires d’un patrimoine d’une grande
richesse, devons-nous entretenir et montrer
toutes ces œuvres d’art sacré qui, rappelons-le,
sont nées de la foi et qui expriment la foi.
Notre objectif dès lors, modeste dans ses
moyens mais ambitieux dans ses fins et dans son
souci de rayonnement, est d’offrir à tout fidèle
comme à tout visiteur quelques moments de grâce
et, espérons le, quelques clés de cette fonction
pédagogique - voire catéchétique - le tout pour
accéder à la beauté, mais pas n’importe
laquelle, pour accéder à la beauté qui sauve.
Frère
François Dunan
Grand
Maître de la Maintenance
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